Ou presque. J'ai tant appris en fin de compte à l'IUT : les bases de données, les réseaux, Unix, la programmation système sous Unix, la modélisation de données et plein d'autres choses encore.

Dont une qui a changé le monde.

J'ai découvert Internet.

Internet à l'époque, on n'en parlait quasiment pas au niveau grand public. Dans les magazines SVM de l'époque (je les ai encore !), ils commençaient tout juste à en parler, une ligne ou deux par numéro. Et encore. L'actu c'était plutôt la commercialisation grandissante des PC à base de Pentium, "l'informatique multimédia" avec la technologie hype de l'époque : les CD ROMs ! Ou alors de temps en temps on trouvait deux trois trucs sur les BBS. Bref, Internet, j'en avais vaguement entendu parlé, mais jamais vu, jamais pratiqué.

À l'IUT, il y avait donc Internet. L'université venait tout juste d'être relié à Renater (si je ne dis pas de bêtises). Nous avions dans les salles non pas des PC (trop peu évolués), mais des stations X (sous X-Windows donc) HP, reliées à un bon gros serveur BULL sous AIX. Cependant mes premiers TP avec AIX, je les ai fait sous de simple terminaux vert sur noir de type VT100. Premier challenge : utiliser Vi. Attention, je ne parle pas de Vim. Mais de son ancêtre. Aux commandes imbitables.

Et puis on est vite passé sur ces fameux terminaux X. Grâce à X-Windows, ils disposaient d'une vraie interface graphique, des vraies fenêtres graphiques. Un peu comme le Windows 3.1 de l'époque. Mais en mieux évidemment ;-). Hop hop hop, vas-y que je t'ouvre des fenêtres dans tous les sens, pour compiler, lancer mes projets, discuter sur IRC, se connecter sur la machine du voisin pour lui changer son fond d'écran, comprendre la technologie TCP/IP, les sockets réseaux.

Et puis. Et puis. Et puis bien sûr : Mosaic !

Ahh Mosaic, le premier navigateur web que j'ai utilisé. Le premier navigateur web public tout court même. Le Web. Les pages Web. Je découvrais un univers fantastique, même si un peu "rugueux" à l'époque. CSS n'existait pas. La présentation des pages était minimaliste. Et d'ailleurs il fallait les trouver ces pages, parce qu'il n'y avait pas beaucoup de sites web, et même pas de moteur de recherche (pas dans mes souvenirs en tout cas), Altavista n'étant arrivé qu'un an plus tard... Mais avec cette superbe invention que sont les hyperliens, on arrivait à aller de sites en sites, et découvrir tous les jours des nouvelles choses. Sauf si on arrivait sur perdu.com (certes, apparu en 1996).

Même si les débuts étaient balbutiants et la technologie très sommaire, je trouvais déjà le web extraordinaire. J'assistais à l'explosion de cette nouvelle forme de diffusion du savoir. Rendez-vous compte, grâce aux possibilités du réseau et la présence d'un serveur Web à l'IUT, je pouvais, gratuitement et sans effort (autre que celui d'apprendre les quelques balises HTML de l'époque), publier du contenu et le partager avec n'importe qui dans le monde. C'était magique. Révolutionnaire. Oui oui, révolutionnaire.

Quelques temps après Netscape 1.0 était installé sur le système. Il avait de plus grandes possibilités HTML que Mosaic. malheureusement il était plus gourmand en mémoire et nos stations X avaient plus de mal à l'afficher.

Et c'est ainsi que j'appris le HTML, en allant voir le code source des pages grâce au "view source" des navigateurs. Et je commença à produire quelques pages web, sans grand intérêt il faut dire. 5 ans après, je débutais ma carrière professionnelle dans le développement web, domaine que je n'ai plus quitté depuis. Et après 3 ans d'expérience, je poussais ma gueulante dans les locaux de la SSII qui m'employait : "Purée ! Merde ! ça suffit ! J'en ai marre de gérer les incompatibilités entre navigateur ! N'y a t-il pas un standard pour HTML et CSS ???". Ah tient, si, et il y a même un navigateur du nom de Mozilla qui le respecte. Et il y a même un type qui en parle. Ah tiens, y en a d'autres. Oh, et ils montent un collectif ? Vite rejoignions-les. Et si on créait un site web pour promouvoir les standards ? Openweb.eu.org était né... Mais ceci est une autre histoire ;-)

20 ans après mes débuts, Internet (et le web) a énormément évolué. En bien, mais aussi en mal. Il est de moins en moins un réseau de liberté, de par l'espionnage incessant de nos échanges (NSA et cie), de par la collecte de nos données personnelles à notre insu, mais aussi grâce à nos gouvernements successifs (de droite ou de gauche), qui s'acharnent à coup de lois, à restreindre les possibilités du réseau. Ils veulent absolument prendre le contrôle d'une chose incontrôlable, d'une chose qu'ils ne comprennent pas ou qu'ils ne veulent pas comprendre. Tout ça pour soit-disant lutter contre tout "ces méchants pirates de musiques qui vont faire crever ces multinationales plein de frics", ou soit-disant lutter contre ces quelques connards de terroristes qui veulent aller se faire tuer loin de chez nous. Pas plus tard qu'hier donc, les députés français ont voté une loi permettant de faire fermer un site qui déplairait aux autorités, sans passer par un juge. Nous sommes donc tous présumés terroristes. Triste France. Orwell avait raison. Et ça fait peur.

Que sera Internet dans 20 ans ? Je n'ose pas l'imaginer. Rendez vous dans 20 ans pour le savoir.