Tout a commencé dans les années 1984-85. Je devais avoir dans les 11-12 ans. À cette époque, mon père ramenait de temps en temps du boulot un ordinateur PC portable, ou plutôt transportable vu la bête : imaginez donc une valise assez lourde, de moyenne taille, en plastique, dont le fond s'ouvre, servant de clavier, et laissant apparaître un petit écran cathodique et deux lecteurs 5 pouces 1/4. C’était le compaq portable(oui, c'est son nom, mais c'était une révolution à l'époque, d'ailleurs souvenez-vous des slogans de Compaq : une longueur d'avance :-D ).

Bref, certains week-end mon père ramenait cet engin pour continuer à bosser un peu (mon père est un peu un geek dans son genre, mais dans un autre domaine que l'informatique). Je profitais quelquefois que la machine soit libre pour faire connaissance avec elle. J'avais ainsi appris que pour la démarrer, il fallait insérer une première disquette, contenant le système DOS (il n'y avait pas de disque dur). Et puis ensuite, il fallait mettre la disquette du seul logiciel ramené, Multiplan, l'ancêtre d'Excel (en mode texte s'il vous plaît, il n'y avait pas de windows à l'époque). Ensuite je m'amusais à naviguer dans le programme, à mémoriser ses menus, à mettre des chiffres et des mots un peu partout dans les cellules. Au bout d'un moment, las, j'éteignais. Et c'était tout. Et je recommençais la fois suivante, essayant de trouver une nouvelle fonction (que je pouvais comprendre). Au bout d'un certain temps tout de même, j'en avais fait le tour et je me suis de moins en moins intéresser à cette machine bizarre.

C'était mon premier contact avec l'informatique, un peu léger, mais cela m'avait déjà marqué.

Le deuxième survint quelques mois après, vers noël 1985. Mon père envisageait d'acheter un ordinateur pour faire ses comptes, taper son courrier, et éventuellement servir à nous amuser, moi et ma sœur. Je me rappelle qu'il avait longtemps étudié le marché (premières lecture de SVM ;-) ). Lequel allait-il prendre ? Il faut dire qu'à cette époque, il y avait une pléthore de micro-ordinateurs différents, totalement incompatibles entre eux. C'était l'age d'or de la micro, où chaque constructeur rivalisait d'ingéniosité pour faire de sa machine une babasse innovante et attrayante.

Il fallait donc choisir avec attention. À l'époque il y avait les Thomson MO5, TO7, qui ont été largement utilisé pour le plan "informatique pour tous", initié par les politiques pour faire entrer la micro-informatique dans les écoles. Il y avait aussi par exemple le naissant Atari 520 ST qui devint mythique, l'Amiga 1000 (puis plus tard le célèbre Amiga 500), le Commodore C128, sans oublier le zx spectrum 128 et les PC en général mais qui étaient plutôt hors de prix.

Mon père choisit finalement le TO9 qui venait tout juste de sortir. Il faut dire qu'il avait des atouts pour séduire : un clavier séparé de l'unité centrale, un lecteur de disquette 3p1/2 (tout nouveau à l'époque), 128ko de RAM (oui, ko, pas Mo), un lecteur de cartouches ROM, une souris, un crayon optique (qui fonctionnait une fois sur deux), et une jolie touche "entrée" jaune :-). Mais surtout, il avait une logithèque qui satisfaisait les besoins de mon père : installés en ROM, un traitement de texte paragraphe, une espèce de gestionnaire de base de donnée fiches et dossiers qu'il pu compléter avec un logiciel de statistiques, un tableur colorcalc sur disquettes et cartouche ROM.. Le TO9 était aussi accompagné d'un interpréteur BASIC, développé par... Microsoft (déjà). Pour les jeux par contre, il n'y avait pas foule. J'ai regretté à l'époque que mon père n'ait pas choisi l'Atari ST qui était techniquement plus puissant, et dont tous les copains en disait du bien. Surtout pour les jeux... M'enfin ce n'est finalement pas grave, car comme vous allez le lire plus loin, ce manque servira à orienter ma destinée ;-). En fait je crois que je peux remercier mon père d'avoir fait ce choix :-) .

Le TO9 allumé, avec l'écran d'accueil au démarrage

Malgré cette frustration du début, j'étais tout de même très content quand mon père déballa la machine en cette fin d'année 1985. Elle avait un look beaucoup plus sympa que ce compaq "portable", et on pouvait y faire beaucoup plus de chose. Même jouer. Un peu. Son écran couleur graphique était beaucoup moins austère que l'écran minuscule noir et blanc (ou plutôt vert) en mode texte du compaq. Avec le TO9, j'allais enfin pouvoir vraiment faire connaissance avec l'outil informatique.

Dans un premier temps, ce qui m’intéressait le plus en fait, c'était de pouvoir jouer. Mon père nous acheta bien quelques cartouches ou disquettes (qui a joué à pilot ? Les passagers du vent, tiré de la célèbre BD ? karaté ? etc.. :-) ), mais pas assez à mon goût. Vraiment pas assez. Et comme je n'avais pas de copain qui avait un TO9, je ne pouvais pas en récupérer.

Un jour donc (peut-être 1 an ou 2 après), j'en ai eu assez. Le TO9 était livré avec un gros classeur, dans lequel il y avait les manuels des logiciels fournies, et entre autre, celui du Basic. Le feuilletant, je découvris que le Basic servait à réaliser des programmes... Des programmes, des programmes... Des jeux donc ?

le manuel du TO9 une page du manuel du TO9

Je me suis mis alors à potasser le manuel du Basic 128. Et quelques mois après je commençais à produire divers petits jeu, tous aussi basique les uns que les autres, mais tellement passionnant à développer pour un jeune ado de 15 ans comme moi. Voici quelques captures d'écran de jeux que j'ai réalisé, et que je viens de relancer après quelques années passées sur des disquettes stockées au fond d'un placard. Ça fait tout drôle d'ailleurs de redémarrer ce bon vieux TO9 qui actuellement prend la poussière en haut d'une étagère :-)

screenshot d'un tetris screenshot d'un jeu d'echec screenshot d'un petit jeu de voitures screenshot d'un puissance 4

J'ai aussi développé un logiciel de gestion pour mon Pater (avec manuel et tout.. ) : ma première réalisation "sérieuse" :-).

Voici quelques accessoires du TO9 : imprimante, joysticks et crayon optique.

photo de l'imprimante du TO9 photo des joysticks

Quelques années après, j'ai eu entre les mains une calculatrice CASIO 8500G et HP 48, puis mon premier PC en 1991 (j'en parlerai plus tard), qui coïncida avec l'arrêt d'une période riche pour l'histoire de la micro-informatique, celle où l'on pouvait encore acheter des machines qui ont une âme, une marque, un nom, une histoire. En effet, quoi de plus anonyme et froid qu'un PC :-/. Il ne reste guère aujourd'hui que quelques boîtes comme Apple, Sun ou Silicon Graphics pour nous faire rêver avec des babasses...